Entre logique et opportunité, pourquoi Karim Benzema est revenu en équipe de France

 Entre logique et opportunité, pourquoi Karim Benzema est revenu en équipe de France

Le nom de Karim Benzema, absent depuis près de cinq ans avec les Bleus, est revenu dans la liste des 26 joueurs de l’équipe de France pour l’Euro 2021, annoncée mardi.

Depuis le 15 octobre 2015, et une victoire de la France sur l’Arménie (4-0), Karim Benzema n’a plus joué le moindre match en équipe de France. En dévoilant la liste des 26 joueurs français appelés à préparer l’Euro 2021 (11 juin-11 juillet), mardi 18 mai, Didier Deschamps a mis fin à une brouille de près de six années. Un revirement surprise de la part du sélectionneur, qui s’explique.

Parce que Karim Benzema est dans la forme de sa vie

À 33 ans, “KB9” en a vu d’autres, des trophées, des saisons de feu, des compliments. Mais il n’a que rarement atteint les sommets de cet exercice 2020-2021. Si le Real Madrid, régulièrement moribond, est encore en position de décrocher le titre en Liga, après avoir atteint le dernier carré de la Ligue des champions, il le doit en majeure partie à son avant-centre. Benzema signe l’une de ses plus belles saisons comptables avec 29 buts toutes compétitions confondues, le huitième meilleur total d’Europe. Troisième meilleur buteur de Liga – avec une troisième saison de rang à plus de 21 buts inscrits –, il figure aussi sur le podium des buts décisifs de la saison, ceux qui ont rapporté des points aux siens.

Jamais il n’avait pesé autant dans l’équipe madrilène. Il en a été autant le finisseur attitré qu’un de ses principaux fers de lance (deuxième passeur décisif de l’effectif du Real avec huit offrandes). Ses pairs l’ont logiquement élu meilleur joueur français de l’étranger aux trophées UNFP 2021. Il est devenu, contre Chelsea en demi-finale de la Ligue des champions, le quatrième meilleur buteur de l’histoire de la compétition avec 71 réalisations. Les Merengue ne sont plus au sommet qu’ils ont connu il y a encore quelques saisons, et le numéro 9 tricolore n’est pas Cristiano Ronaldo. Mais il fait mieux que se défendre pour tenir la comparaison. Depuis le départ du Portugais vers la Juventus, c’est d’ailleurs Benzema qui compte le plus de buts en C1 (15 contre 14). Benzema fait tout pour maintenir à flot le Real avec élégance, efficacité et régularité. La panoplie parfaite de l’attaquant de classe mondiale.

Parce qu’Olivier Giroud n’a pas levé toutes les interrogations

Il n’est nullement question de remettre en cause tout ce qu’Olivier Giroud a apporté et apporte à l’équipe de France depuis de nombreuses années déjà. On ne devient pas deuxième meilleur buteur de l’histoire des Bleus (44 réalisations) par hasard. Pourtant au milieu des railleries, pour certaines peu méritées, subsistent quelques doutes.

Dans la logique de Didier Deschamps, être un joueur important en club est un critère quasi absolu pour prétendre jouer en équipe de France. Parti sur de solides bases cette saison (6 buts en Ligue des champions comme… Benzema), Giroud a petit à petit disparu des feuilles de match depuis l’arrivée de Thomas Tuchel sur le banc de Chelsea. Sa dernière titularisation remonte à près de trois mois (le 28 février contre Manchester United) et il n’a pris part qu’à 44,4% des matchs avec l’ex-coach du PSG sur le banc, dont la moitié seulement dans le onze de départ.

En Bleu, sa relation technique avec Antoine Griezmann et son vécu l’ont préservé. Son association avec Kylian Mbappé, l’autre poison offensif français, n’a, pour sa part, jamais semblé trouver sa raison d’être. Et le bilan de Giroud en grandes compétitions – trois buts en deux Euros et deux Coupes du monde confondus – ne plaide pas entièrement en sa faveur.

 

Olivier Giroud et Karim Benzema durant le match France - Serbie, le 5 septembre 2015 à Bordeaux (FRANCK FIFE / AFP)

 

Parce qu’aucun autre buteur n’a su émerger dans la durée

Outre les nombreux joueurs de couloir passés par les Bleus ces dernières années, le poste d’avant-centre n’a pas connu autant de turnover. Mais pas beaucoup plus de certitude non plus, derrière Olivier Giroud. Antoine Griezmann n’est pas un pur buteur, encore moins dans le style de jeu développé par Didier Deschamps. Quant à Kylian Mbappé, il n’a pas encore suffisamment montré comme “numéro 9” les quelques fois où il y a été aligné avec le PSG ou en équipe de France.

Depuis le départ d’André-Pierre Gignac au Mexique après l’Euro 2018, aucune alternative ne s’est imposée au sélectionneur de l’équipe de France comme doublure, voire comme concurrent au joueur des Blues. Wissam Ben Yedder n’a pas été inintéressant, mais sans jamais se montrer indispensable. Anthony Martial évolue dernièrement avec les Bleus dans un rôle plus axial, mais il n’est pas un pur buteur (un seul but en 27 sélections). Kévin Gameiro a disparu des radars, tout comme Alexandre Lacazette, qui paie la période difficile d’Arsenal. Quant aux autres candidatures (Alassane Pléa, Amine Gouiri, Gaëtan Laborde…), elles manquent de coffre à bien des égards pour espérer être du groupe pour l’Euro.

Parce qu’il est une assurance sportive tous risques dans une attaque aux mille inconnues

S’imposer douze saisons durant comme un cadre du Real Madrid, un des géants d’Europe, est une prouesse que peu de joueurs non-Espagnols sont parvenus à réaliser. Elle en dit beaucoup sur la longévité de Benzema au plus haut niveau, en dépit de différents contextes vécus à Bernabeu. Poids lourd pour n’importe quelle défense, il est inusable physiquement, toujours disponible dans le jeu et clinique face au but. Des qualités dont ne peuvent pas se targuer tous les membres de la ligne offensive française.

Si Olivier Giroud, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé font figure de pièces inamovibles, ceux qui les accompagnent n’ont pas toujours fait preuve de la même assurance. Ousmane Dembélé réalise une très belle fin de saison pour faire oublier près de deux ans d’errance entre blessures et méformes à Barcelone. Kingsley Coman a lui aussi connu des séjours à l’infirmerie prolongés et répétés avec le Bayern Munich. Thomas Lemar a eu besoin de temps pour digérer son transfert post-Mondial 2018 à l’Atlético de Madrid, pendant qu’un autre ex-Monégasque, Anthony Martial, luttait pour enfin faire preuve d’une régularité à la hauteur de son talent. Arrivé comme une bombe pour son premier rassemblement, Marcus Thuram a, lui, vu sa saison prendre du plomb dans l’aile à la suite d’une suspension très dommageable. Autant de bonnes raisons de s’assurer un peu de stabilité sportive avec Karim Benzema.

Parce que Didier Deschamps dispose de 26 joueurs au lieu des 23 habituels

C’est un des rares luxes que la Covid-19 aura offert au monde du sport. L’UEFA a décidé de maintenir un peu plus longtemps la règle palliative des cinq remplaçants par match pour l’Euro 2021. Dans la même logique, l’instance a accordé aux fédérations une rallonge de trois joueurs, de 23 à 26 pour constituer leur escouade en vue de la compétition. Ce changement de règle pourrait n’être que cosmétique dans les faits, alors qu’il était déjà fréquent que certains ne foulent pas la pelouse une seconde parmi les 23 appelés. Mais il modifie légèrement la façon de constituer les listes pour les sélectionneurs.

À 23 unités, l’effectif idéal se constitue de onze titulaires suppléés par des remplaçants poste pour poste et un troisième gardien. Avec un réservoir de talent parfois plus limité dans certaines lignes, cette restriction numérique nécessite parfois des profils polyvalents, pour combler les trous. Avec trois joueurs supplémentaires, un élément de plus peut garnir chaque ligne, amenuisant un peu la nécessité d’avoir une rustine à chacun des titulaires en cas de coup dur. L’occasion de paris et d’occasions tentés à moindre risque. Comme un certain Karim Benzema.

Source : France info

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